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vendredi 25 avril 2014





Buxtehude

Buxtehude a recours au chant sacré comme élément de base pour des pièces plus longues. Un exemple en est le cycle du temps de la Passion, Membra Jesu nostri (BuxWV 75), une série de sept cantates sur des textes en latin, proposant une méditation sur chacune des parties du corps du Christ en Croix (pieds, genoux, mains, côtes, cœur et poitrine). Chacune de ces cantates miniatures est basée sur des textes arrangés en aria tirés du Rhythmica oratio, une méditation sur la Passion attribuée parfois à Bernard de Clairvaux. L’aria est, à son tour, rédigée dans un mouvement de choral qui met en musique un motto prophétique issu de la Bible, généralement avec un accompagnement instrumental évocateur. Ainsi la méditation sur les mains blessées du Christ reprend la question “D’où viennent ces blessures que tu as aux mains ? “ de Zacharie 13, créant une dissonance aussi fulgurante que les clous enfoncés dans les mains du Christ. Cette expressivité atteint son apogée dans le “Ad Cor “ (Jusqu’au Cœur), où Buxtehude remplace l’accompagnement au violon par le son plus riche et plus sombre d’un petit ensemble de violes. Là, le motto biblique est issu du Cantique des Cantiques : “Tu me ravis le cœur, ma sœur, ma fiancée”. Dans son contexte d’origine dans l’Ancien Testament, ce motto était un reproche enjoué, érotique ; mais dans le contexte de la Crucifixion, il devient une accusation portée par Jésus contre son épouse, la brebis égarée. La superposition des textes est en soi une technique efficace, unissant les voix de différentes parties de la Bible pour créer un mélange de spiritualité et de sensualité ; et Buxtehude crée une atmosphère douce-amère, évoquant les blessures érotiques avec une sixte mineure descendante et une dissonance prolongée. La partition autographe de Membra Jesu nostri est dédiée à Gustav Düben et peut avoir été utilisée comme musique pieuse à Stockholm. Buxtehude peut aussi avoir utilisé ce morceau pour les Vêpres durant la Semaine Sainte à Lübeck, interprétant une cantate par jour entre le Dimanche des Rameaux et la veille de Pâques, l’œuvre faisant très probablement écho au penchant luthérien pour la musique sur des textes latins à l’occasion des Vêpres. Du point de vue liturgique, Membra Jesu nostri, doit avoir joué un rôle similaire à la Passion selon Saint Mathieu de Bach, écrite pour les Vêpres du Vendredi saint ; elle a, il est vrai, une part de la même force émotionnelle que la Passion de Bach, bien qu’obtenue avec des moyens plus économes. Dans l’ensemble de la production instrumentale et vocale de Buxtehude, on retrouve des traces de son environnement nord-allemand, comme son penchant pour la fantaisie, son utilisation des chants strophiques et son goût pour les structures en mosaïque. En même temps, il était très au fait de la musique italienne et beaucoup de ses arias sur des textes latins présentent de fortes ressemblances avec Carissimi. En revanche, ce qui est unique chez Buxtehude, c’est sa combinaison de fantaisie et de mélodie, d’éclairs de passion alternant avec des moments lyriques. Que cette combinaison ait été ou non l’une des raisons qui mena le jeune Bach jusqu’à Buxtehude, ce qui ne fait aucun doute c’est qu’elle captive de nombreux musiciens aujourd’hui.
http://www.ariavoce.com/ensembles/aria-voce/programme/buxtehude/

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